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Sâdhus : la bénédiction du Présent

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« Les belles histoires viennent à celui ou celle qui ouvre son cœur et qui est attentif aux magnifiques cadeaux de la vie ». C’est ce qu’Olivier Remualdo m’a un jour écrit sur le livre « Sadhus » dont il est l’auteur, un jour de dédicaces dans un salon du livre, à Paris. On imagine très bien ce beau jeune homme aux yeux clairs arpentant les sentiers escarpés des montagnes himalayennes ou les sentiers poussiéreux des ruelles de Varanasi avec son studio photo de fortune sur le dos, à la rencontre de ces hommes et de ces femmes qui ont choisi la voie de l’abandon…

Tout quitter. N’est-ce-pas le rêve de ceux qui choisissent du jour au lendemain de se faire porter pâle à jamais ? Il paraît que 40 000 à 50 000 personnes disparaissent mystérieusement  chaque année en France*. Certains choisissent de tout quitter délibérément et on n’en a plus trace. D’autres, ceux qui ne disparaissent pas physiquement,  le font à travers les mondes artificiels.  Cette fuite en avant, c’est parfois un refus de voir la réalité en face. Une réalité schizophrène faite de violence et de beauté.

En Inde, chez les hindous, il est permis de devenir un « sadhu », c’est-à-dire un homme ayant fait le vœu de chasteté, de solitude et de pauvreté qu’à la condition de le faire en paix avec soi-même et les autres. Si l’on est père de famille, que le destin de son épouse et de ses enfants soient assurés au préalable, alors il est possible de consacrer une période de sa vie à la quête spirituelle. On considère en effet qu’il  y a un âge pour tout, hormis pour ceux qui se sentent « appelés ». En Occident, cette « vocation » est souvent le lot d’hommes et de femmes d’église qui abandonnent tout, soit pour prier pour le salut du monde, soit pour se consacrer physiquement au bien-être des autres, telle Mère Teresa ou Sœur Emmanuelle.

Avec leur quête de solitude et leur soif de spiritualité, les sadhus, ascètes, anachorètes, fascinent car ils sont à l’image même de notre quête de sens, de notre envie de liberté, d’indépendance. Les visages que l’on croise dans le livre d’Olivier Remualdo témoignent de cette curiosité impermanente, de l’intensité d’une affirmation de soi, d’une ferveur qui va au-delà du sacrifice. Et surtout de cette soif du présent alors que nous avons l’usage de ruminer sans cesse le passé et que nous projetons nos angoisses sur un futur proche ou non, en l’appréhendant rarement avec confiance.

Lorsque l’on contemple la beauté du monde, un matin à l’aube,  ou lorsque le soleil se couche, sublimant le ciel et tout ce qui l’entoure, on réalise que ces instants uniques nous procurent une félicité rare. Ces petits bonheurs de la vie quotidienne nous font oublier notre position sociale, notre individualité, notre ego et ressemblent à une bénédiction. Et lorsque l’on se sent béni par quelque chose qui nous dépasse, surgit en nous, ce sentiment d’appartenance, d’adhésion à tout l’univers. C’est là qu’est la sacralité du Présent . L’effet produit est la félicité pure. Qui n’a jamais ressenti cela, ne serait-ce qu’une fois dans sa vie ?

C’est sans doute ce sentiment que recherchent tous ceux qui vont à la rencontre des « sadhus ».

Les sadhus d’Olivier Remualdo, avec leur regard profond, semblent d’ailleurs bénir ceux qui les contemplent.

 

Chronique écrite par  l’auteure Nourjehan Viney 

Sadhûs d’Olivier Remualdo

Mahanganga editions, 2013

www.oremualdo.com

www.sadhus.fr

=> Lire le portrait indien d’Olivier Remualdo 

* Source : Ouest France (9 août 2013)