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Grand-père avait un éléphant – Au nom de l’éléphant !

AU NOM DE L’ELEPHANT !

« Grand-père avait un éléphant ! » Rendez-vous compte ! L’honneur de la famille repose sur la légende de cette immense bête que l’aïeul montait. Parce qu’il a réduit en miettes quatre « kafirs »*, le pachyderme a gagné sa place au paradis, heureux d’y habiter dans quatre demeures incrustés de pierreries. Ce prestige, qui auréole la famille de la jolie Kounnioupattoumma, les affranchit aussi de toute autre forme d’éducation que celle des prêches des imams. Pourquoi faire, cette éducation ? Pourquoi savoir lire lorsque l’on a tout : la gloire, l’argent, le pouvoir ? D’ailleurs, la jeune fille à marier qui croule sous le poids de ses bijoux est beaucoup trop bien pour les uns et les autres…

Mais un jour, dans cette famille nantie dans lequel le « Abba », le père un brin querelleur, qui s’arroge le droit d’avoir des fonctions religieuses au sein de la mosquée du quartier, perd l’argent de la famille en même temps que ses nombreux procès. Le pouvoir s’en va donc à vaux l’eau. Puis la gloire qui oblige la petite famille à quitter la demeure de nuit, mais la tête haute, pour une hutte à la campagne. Là, elle découvrira en même temps que l’humilité, les bienfaits de l’éducation incarnée par leurs voisins : une famille musulmane ayant décidé de vivre en accord avec une autre idée du bonheur.

Ce roman plein d’humour qui fut élu « meilleur roman de l’année 2013 » par les lecteurs du Points, est une petite perle qui nous permet de rentrer dans l’intimité d’une famille résolument tourné vers le passé et qui sera amenée, malgré elle, à évoluer. Sa lecture m’a permis de me replonger dans mes souvenirs d’enfance, lorsque l’on m’a conseillé, tout comme Kounnioupattoumma, de tenir certaines attitudes pour être à la hauteur de la réputation de la famille. Finalement, le deshonneur n’arrive jamais du côté où on l’attend et le sentiment de liberté que la jeune fille ressent lorsque sa famille tombe dans la pauvreté semble plus attrayant que les carapaces qu’elle peut accumuler sous le poids du paraître.

Un roman inédit, aussi adorable que ce portrait de jeune fille. A lire absolument !

Chronique écrite par Nourjehan Viney

GRAND PERE 

* Le mot « kafir » signifie « non-musulman » en arabe. Il est péjoratif.

GRAND PERE AVAIT UN ELEPHANT

De Vaikom Muhammad Basheer

Aux éditions Zulma, 2005

Traduit du malayam par Dominique Vitalyos