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Tranche de vie à l’indienne : Holi à Khatu Shyam, Rajasthan

Quatre heures de train et une heure de bus, c’est le temps requis pour rejoindre Khatu Shyam depuis Delhi.

À échelle indienne, ce trajet est dérisoire… il nous permet de rejoindre cette ville du Rajasthan pour un pèlerinage éclair en à peine deux jours. Khatu Shyam porte le nom de la divinité de son célèbre temple, celle qui attire chaque jour des nuées de fidèles.

La ferveur de Naresh, mon meilleur ami indien, et de sa bande de potes, pour la divinité, l’envie de décrocher de leur traintrain quotidien, de leur rythme de boulot effréné, de régresser tel un groupe d’adolescents pour tout oublier font de ce voyage un rituel, une parenthèse obligatoire, une soupape de décompression.

À chaque voyage dans le Rajasthan c’est la même effervescence, la même hystérie. Cette bande de potes en deux nuits et une journée va enchaîner transports et marches nocturnes, files d’attente interminables et recueillement au sanctuaire… le tout entrecoupé d’une multitude de fous rires, de danses, de repas, de chai, de sweets grignotés au détour d’une rue, d’un quai, d’une station de bus. Cette bande de potes est devenue la mienne, je suis le blanc qu’ils ne voient plus comme tel, je suis l’un des leurs. Je me vois passer la porte de Khatu Shyam à leurs côtés avec un naturel de plus en plus déconcertant, je me vois pénétrer avec le même enthousiasme qu’eux ce village planté au milieu du désert, ce minuscule endroit où fleurissent de toute part des dizaines d’hôtels prêts à accueillir le flot quotidien de milliers de pèlerins.

Chaque année je suis en Inde pour Holi, un hasard du calendrier. Habituellement, je m’éclipse rapidement de ces bains de foule dans la capitale qui parfois dégénèrent…

Mais quand Naresh m’a proposé l’an passé de célébrer la fête des couleurs à Khatu Shyam, je savais que j’allais vivre un moment unique. Holi est un événement magique où toutes les castes se mélangent, où l’on se réjouit de l’arrivée du printemps, une fête sous l’égide de la fertilité, de la bonne humeur et des couleurs qui transcendent les participants, qui les ramènent aux fondements de l’enfance. Les voir se jeter des poudres colorées tels des gamins insouciants et surexcités n’a d’équivalent nulle part ailleurs. Dans ce décor désertique et pieux, Holi ne m’a jamais autant transporté.

Crédit photo : Christophe Hanquart
Texte : Mélanie Minhonnac